Le coût se voit-il sur votre bulletin ? C’est le seul test honnête pour juger une convention collective. Une convention qui ne modifie aucune ligne de paie, aucun délai de préavis et aucune indemnité ne vous apporte rien de plus que le Code du travail, quels que soient ses grands principes.
Je prends ici cinq terrains mesurables : salaire minimum, primes, maintien de salaire en cas de maladie, préavis et indemnité de licenciement. Pour chacun, je compare la loi à des conventions réelles et datées. Deux reviennent souvent, parce que je les ai lues en entier sur Légifrance : celle des cabinets d’avocats (IDCC 3253) et celle des prestataires de services du secteur tertiaire (IDCC 2098). La réponse n’est pas toujours celle qu’on attend.
📌 Ce qu’il faut retenir : une convention ajoute surtout des primes que la loi ne prévoit pas et un maintien de salaire plus long en cas de maladie. Ses minima n’ont d’effet qu’au-dessus du Smic, fixé à 1 867,02 € brut mensuel depuis le 1er juin 2026. Et elle peut prévoir moins que la loi : dans l’IDCC 2098, l’indemnité conventionnelle de licenciement (1/10 de mois par année) reste sous le minimum légal (1/4).
Que change une convention collective sur votre bulletin ?
Elle peut créer des lignes que la loi n’impose pas, comme un 13e mois ou une prime d’ancienneté, et relever des montants que la loi fixe déjà, comme le salaire minimum ou le complément employeur en cas d’arrêt maladie. Elle agit aussi hors du bulletin, sur l’essai, le préavis et l’indemnité de départ.
Ramenez l’annonce au bulletin. Une convention se présente souvent comme un ensemble de « garanties » ou « d’avantages ». Ce vocabulaire ne dit rien. Ce qui compte, c’est la clause chiffrée, son article, sa date et son champ. Le reste relève de la promesse.
Trois conditions décident.
D’abord, le champ : l’activité principale de l’employeur doit y entrer. Il faut ensuite que le texte soit étendu par arrêté, ou que l’employeur adhère à une organisation signataire. Enfin, la clause ne doit pas descendre sous un minimum légal. La convention des cabinets d’avocats, signée le 21 juin 2024, ne s’applique à tous les cabinets que depuis le 1er octobre 2025. Quinze mois d’écart.
Toutefois, l’articulation entre loi, branche et entreprise obéit à des règles précises, que je ne reprends pas ici et qui changent selon le thème négocié.
Concrètement, pour chaque avantage annoncé, cherchez l’article et la date de l’avenant. Si vous ne les trouvez pas, l’avantage n’existe pas encore pour vous.
Salaires minima : une grille ne compte qu’au-dessus du Smic
Le minimum de branche ne sert que s’il dépasse le Smic. Depuis le 1er juin 2026, le Smic vaut 12,31 € brut de l’heure, soit 1 867,02 € par mois pour 35 heures. Un coefficient payé moins que cela est sans effet : vous touchez le Smic. Au moins deux grilles en sont là en 2026.
| Convention et texte | Position | Minimum mensuel brut | Écart avec le Smic (1 867,02 €) |
|---|---|---|---|
| Prestataires de services du tertiaire (IDCC 2098), accord du 8 avril 2025, grille au 1er novembre 2025 | Coefficient 120 | 1 806,22 € | −60,80 € |
| Même accord | Coefficient 190 | 1 868,23 € | +1,21 € |
| Cabinets d’avocats, personnel non avocat (IDCC 3253), avenant n° 136 du 24 janvier 2025 | Coefficient 207 | 1 851,23 € | −15,79 € |
| Cabinets d’avocats, avocats salariés, avenant n° 29 du 24 janvier 2025 (hors Paris et Île-de-France) | 1re année d’exercice | 2 427,88 € (29 134,56 € par an divisés par 12) | +560,86 € |
Source : accord du 8 avril 2025 (IDCC 2098), avenants n° 136 et n° 29 du 24 janvier 2025 (Légifrance). Smic au 1er juin 2026.
Le contraste est net. Dans l’IDCC 2098, six coefficients employés sur sept sont sous le Smic, et le premier qui le dépasse ne le fait que de 1,21 €. Dans les cabinets d’avocats, le premier coefficient du personnel non avocat est passé sous le Smic le 1er juin 2026, alors qu’il le dépassait de 49,43 € au 1er janvier 2025. Pour les avocats salariés, la grille garde une vraie avance, de 560,86 € par mois en 1re année hors Île-de-France. La grille y fait son travail.
Toutefois, une grille sous le Smic garde un effet indirect, parce que d’autres droits s’y rattachent, comme une prime d’ancienneté calculée sur le minimum de la classification ou un plafond exprimé en multiple de ce minimum.
Concrètement, comparez votre salaire de base au plus élevé des deux montants : minimum de votre coefficient et Smic. Si le Smic l’emporte, une hausse de la grille ne se verra pas sur votre bulletin tant qu’elle ne le dépasse pas. Méfiez-vous des communiqués qui annoncent « +4 % » sur le premier coefficient.
Primes : les lignes que le Code du travail n'impose pas
Le Code du travail n'oblige l'employeur à verser ni 13e mois, ni prime d'ancienneté, ni prime de vacances. Quand ces lignes existent, elles viennent le plus souvent de la convention, d'un accord d'entreprise, d'un usage ou du contrat. C'est là que la convention pèse le plus lourd, en euros.
Trois exemples datés. Dans les cabinets d'avocats, l'article 59 de la convention du 21 juin 2024 alloue un 13e mois à tout le personnel non avocat, au moins égal au salaire mensuel le plus favorable de l'année. L'article 60 du même texte prévoit une prime d'ancienneté de 3 % après 3 ans, jusqu'à 15 % au-delà de 15 ans. Dans la convention Syntec, la prime de vacances figure à l'article 7.3 depuis l'avenant n° 46 du 16 juillet 2021, étendu par arrêté du 5 avril 2023. Trois lignes, deux textes.
Chaque prime a ses conditions.
Toutefois, une prime conventionnelle peut être plafonnée ou réservée à une catégorie, comme le 13e mois des cabinets d'avocats, que l'article 59 refuse aux avocats salariés, ou la prime d'ancienneté, limitée à 1,5 fois le minimum de la classification.
Concrètement, une prime d'ancienneté de 6 % sur un salaire brut de 2 130 € représente 127,80 € brut par mois, soit 1 533,60 € par an. Isolez la clause décisive : taux, assiette, plafond et condition d'ancienneté. Puis vérifiez que la prime apparaît sur une ligne distincte, comme l'exige l'article 60 pour les cabinets d'avocats.
Arrêt maladie : l'écart le plus mesurable avec la loi
La loi garantit 90 % de la rémunération brute pendant 30 jours puis deux tiers pendant 30 jours, après un an d'ancienneté et sept jours de carence en cas de maladie ordinaire. Les deux conventions étudiées ici font mieux sur au moins un de ces paramètres : taux, durée, carence ou ancienneté requise.
| Paramètre | Code du travail | IDCC 2098 (art. 18.1) | IDCC 3253, personnel non avocat (art. 49) |
|---|---|---|---|
| Carence en maladie ordinaire | 7 jours (art. D. 1226-3) | 7 jours, aucune en cas d'hospitalisation | 7 jours de 1 à 3 ans, aucune ensuite |
| De 1 à 3 ans d'ancienneté | 90 % du brut 30 jours, puis 2/3 30 jours (art. D. 1226-1) | 90 % du brut 30 jours, puis 75 % 30 jours | 90 % du brut 30 jours |
| De 3 à 5 ans | Même règle que de 1 à 3 ans | 100 % 30 jours, puis 80 % 30 jours | 100 % du net pendant 2 mois |
| 5 ans et plus | Durées allongées de 10 jours par tranche de 5 ans (art. D. 1226-2) | Durées allongées de 10 jours par tranche de 5 ans au-delà de 3 ans | 100 % du net pendant 4 mois |
Source : Code du travail (articles cités), convention du 13 août 1999 (IDCC 2098), convention du 21 juin 2024 (IDCC 3253).
Chiffrons. Pour un salaire brut de 2 000 €, la seconde période légale garantit deux tiers, soit environ 1 333 € pour un mois complet d'arrêt. L'IDCC 2098 garantit 75 %, soit 1 500 €, et 80 % après trois ans, soit 1 600 €. L'écart atteint 167 € sur le seul second mois, et 267 € après trois ans. Ces montants incluent les indemnités journalières de la Sécurité sociale, que l'employeur complète jusqu'au niveau garanti.
Toutefois, ces garanties restent conditionnées à un arrêt justifié dans les 48 heures et à la prise en charge par la Sécurité sociale, et la convention ne peut jamais vous faire gagner plus qu'en travaillant.
Concrètement, lors d'un arrêt, cherchez trois lignes sur le bulletin : l'absence, les indemnités journalières, le complément employeur. Leur total doit atteindre le pourcentage prévu par votre convention. Sinon, écrivez au service paie en citant l'article.
💡 Le saviez-vous ?
Une convention peut être signée longtemps avant de s'imposer à toutes les entreprises de sa branche. La convention des salariés des cabinets d'avocats a été signée le 21 juin 2024, étendue par arrêté du 18 septembre 2025 publié au Journal officiel le 26 septembre 2025, et son article 5 la rend applicable le premier jour du mois suivant : le 1er octobre 2025.
Préavis et indemnité de licenciement : la convention ne gagne pas toujours
Sur le préavis, les deux conventions étudiées améliorent la loi pour les cadres et les agents de maîtrise. Sur l'indemnité, moins sûr. Depuis 2017, l'indemnité légale vaut 1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans. Certaines conventions anciennes prévoient moins, et c'est alors la loi qui s'applique.
Côté préavis, la loi fixe un mois entre 6 mois et 2 ans d'ancienneté, puis deux mois. Dans les cabinets d'avocats, un salarié non avocat classé au coefficient 385 ou plus a droit à 3 mois après 2 ans, et l'avocat salarié à 3 mois dès l'embauche. Pour l'indemnité, la même convention verse 1 mois de salaire entre 2 et 4 ans d'ancienneté, contre 1/2 mois dans la loi à 2 ans. Elle ajoute un mois à partir de 51 ans. À l'inverse, l'IDCC 2098 prévoit 1/10 de mois par année jusqu'à 5 ans.
🧾 Cas chiffré (hypothèse)
Prenons un salarié payé 2 000 € brut, licencié après 5 ans d'ancienneté. Code du travail : 5 × 1/4 × 2 000 = 2 500 €. IDCC 2098 : 5 × 1/10 × 2 000 = 1 000 €, donc c'est l'indemnité légale de 2 500 € qui est due. Cabinets d'avocats, personnel non avocat : 2 mois de salaire entre 5 et 8 ans (article 26.4.2), soit 4 000 €, 1 500 € de plus que la loi.
Même salaire, trois résultats.
Toutefois, une durée de préavis plus longue joue dans les deux sens, et l'avocat salarié qui démissionne doit lui aussi trois mois à son cabinet, sauf accord écrit pour l'en dispenser.
Concrètement, avant de signer un solde de tout compte, calculez les deux montants, légal et conventionnel. Retenez le plus élevé. C'est ce montant que l'employeur doit verser.
✅ Points forts
- Primes absentes du Code du travail : 13e mois, ancienneté, vacances
- Maintien de salaire plus long ou plus élevé en cas de maladie
- Préavis et indemnités plus favorables dans certaines branches
⚠️ Limites
- Minima parfois rattrapés par le Smic, donc sans effet
- Indemnité conventionnelle parfois inférieure à la loi
- Délai parfois long entre signature et extension
Comment vérifier ce que votre convention vous doit ?
Partez du bulletin, qui doit indiquer l'intitulé de votre convention et, en pratique, son IDCC. Ouvrez ensuite le texte de base et les derniers avenants salaires sur Légifrance. Puis comparez chaque clause chiffrée à la règle légale correspondante, article par article, en notant la date de chaque avenant.
Pour savoir quel texte l'emporte quand la loi, la branche et un accord d'entreprise se contredisent sur un même point, lisez notre article consacré à la hiérarchie des normes. Pour trouver le bon avenant et sa date d'extension, suivez la méthode pour lire une convention sur Légifrance. Et pour un exemple complet de convention appliquée ligne par ligne, voyez les droits du personnel des cabinets d'avocats.
Toutefois, aucune comparaison générale ne remplace votre texte.
Méfiez-vous des fiches qui recopient des grilles anciennes sans jamais indiquer la date de l'avenant qui les a fixées. Pour l'IDCC 2098, certaines affichent encore une valeur du point de 2016. Ce montant n'a plus d'effet depuis longtemps. Concrètement, une grille sans date d'avenant ne prouve rien, et un avantage sans article ne se réclame pas. Je ne retiens qu'un chiffre daté et sourcé.
📍 Où trouver votre IDCC
L'article R. 3243-1 du Code du travail impose la mention de la convention collective applicable sur le bulletin de paie. L'IDCC, identifiant numérique de la convention, vous permet ensuite de retrouver le texte exact sur Légifrance ou sur le Code du travail numérique.
Une convention est indispensable quand elle se traduit en euros ou en jours sur votre bulletin, et seulement là. Où l'accord se traduit-il chez vous ? Vérifiez l’accord applicable avant de trancher.
Questions fréquentes
La convention collective est-elle toujours plus favorable que le Code du travail ?
Non. Sur les points où la loi fixe un minimum, comme le Smic ou l'indemnité légale de licenciement, c'est le montant le plus élevé qui s'applique. Dans l'IDCC 2098, l'indemnité conventionnelle de licenciement (1/10 de mois par année jusqu'à 5 ans) est inférieure à l'indemnité légale (1/4 de mois par année), qui est donc due.
Que se passe-t-il si le minimum de ma convention est inférieur au Smic ?
Vous devez percevoir au moins le Smic, soit 1 867,02 € brut par mois pour 35 heures depuis le 1er juin 2026. Le minimum conventionnel n'a alors pas d'effet direct sur votre salaire de base. Il peut servir de référence pour d'autres droits, comme une prime calculée sur ce minimum.
Le 13e mois est-il obligatoire ?
Le Code du travail ne l'impose pas. Il devient obligatoire quand une convention, un accord d'entreprise, un usage ou le contrat le prévoit. Exemple : l'article 59 de la convention des cabinets d'avocats du 21 juin 2024 l'accorde à tout le personnel non avocat.
Comment savoir quelle convention collective s'applique à mon contrat ?
La convention applicable doit figurer sur votre bulletin de paie, selon l'article R. 3243-1 du Code du travail. Elle dépend de l'activité principale de votre employeur. Avec l'IDCC, vous retrouvez le texte et ses avenants sur Légifrance.



