Le coût se voit-il sur votre bulletin ? Si vous êtes secrétaire juridique, assistant, comptable ou juriste dans un cabinet d’avocats, la réponse tient en trois lignes : le salaire de base de votre coefficient, le 13e mois de décembre et, après trois ans, la prime d’ancienneté.
Ces trois lignes viennent de la convention collective nationale des salariés des cabinets d’avocats du 21 juin 2024 (IDCC 3253), étendue par arrêté du 18 septembre 2025 et applicable depuis le 1er octobre 2025. Elle a remplacé la convention du personnel des cabinets d’avocats (IDCC 1000) et celle des avocats salariés (IDCC 1850). Cet article vise le personnel non avocat. Le statut de l’avocat salarié, avec son minimum annuel et son indépendance, obéit à d’autres clauses du même texte.
📌 Ce qu’il faut retenir : l’avenant n° 136 du 24 janvier 2025 fixe le premier coefficient (207) à 1 851,23 € brut par mois depuis le 1er janvier 2025. Depuis la hausse du Smic du 1er juin 2026 (1 867,02 €), ce montant est dépassé de 15,79 € : le salarié concerné touche le Smic. Le 13e mois reste dû à tout le personnel non avocat (article 59) et la prime d’ancienneté démarre à 3 % après trois ans (article 60).
Quels salaires minima pour le personnel non avocat en 2026 ?
La grille en vigueur sur Légifrance est celle de l’avenant n° 136 du 24 janvier 2025, applicable au 1er janvier 2025 et étendu par arrêté du 9 avril 2025. Elle va de 1 851,23 € brut mensuel au coefficient 207 à 4 355,07 € au coefficient 560. L’avenant rappelle que treize mensualités sont dues.
| Niveau | Coefficient | Minimum brut mensuel au 1er janvier 2025 | Hausse affichée par l’avenant |
|---|---|---|---|
| 4 | 207 | 1 851,23 € | 4 % |
| 4 | 215 | 1 875,00 € | 3,02 % |
| 4 et 3 | 240 | 1 930,00 € | 2,41 % |
| 3 | 265 | 2 130,00 € | 2,36 % |
| 3 | 300 | 2 390,00 € | 1,45 % |
| 3 | 350 | 2 748,35 € | tiret, non chiffrée |
| 2 | 385 | 2 994,11 € | tiret, non chiffrée |
| 1 | 560 | 4 355,07 € | tiret, non chiffrée |
Source : avenant n° 136 du 24 janvier 2025 relatif aux salaires minima du personnel salarié non-avocats, article 1er (extrait de la grille, le niveau 4 étant le plus bas), étendu par arrêté du 9 avril 2025 (JORF du 26 avril 2025).
Ramenez l’annonce au bulletin. L’avenant affiche 4 % de hausse au coefficient 207, mais le Smic mensuel est passé à 1 867,02 € le 1er juin 2026. Le coefficient 207 se retrouve 15,79 € sous le Smic, et c’est donc le Smic qui figure sur le bulletin, sans que la grille y soit pour rien. Le coefficient 215 ne garde que 7,98 € d’avance. Au 1er janvier 2025, avec un Smic à 1 801,80 €, le coefficient 207 avait encore 49,43 € de marge.
Toutefois, le haut de la grille n’a pas bougé : à partir du coefficient 350, la colonne « % d’augmentation » de l’avenant n° 136 porte un simple tiret, et l’annonce d’une hausse ne vaut donc pas pour ces coefficients, cadres compris.
Concrètement, une revalorisation est peut-être en route. La fédération FO Services mentionne un accord de revalorisation des minima de branche signé le 26 juin 2026, applicable au 1er juillet 2026. Je n’en trouve aucune trace sur Légifrance au 30 septembre 2026. Tant que ce texte n’est pas publié, comparez votre salaire à la grille de janvier 2025 et au Smic. Retenez le plus élevé des deux.
Le 13e mois : dû à tout le personnel non avocat
Oui, il est obligatoire. L'article 59 de la convention l'alloue « à tout le personnel non-avocat, sans aucune exception ». Il est versé avec le salaire de décembre, sauf accord particulier. Son montant est au moins égal au salaire mensuel le plus favorable de l'année civile, hors rémunérations exceptionnelles.
Le texte règle aussi les cas qui font débat en paie. En cas d'embauche en cours d'année, le 13e mois est calculé au prorata du temps de présence. Même règle pour tout départ en cours d'année. Pour une rémunération variable, il correspond à la moyenne mensuelle des 12 derniers mois, hors rémunérations exceptionnelles. Les absences pour maladie, accident du travail ou maternité comptent comme du travail effectif pour l'attribuer.
Cette dernière règle change beaucoup.
Toutefois, l'avocat salarié du même cabinet n'y a pas droit, puisque l'article 59 vise le seul personnel non avocat et que la rémunération de l'avocat salarié se juge sur son minimum annuel.
Concrètement, un salarié arrêté trois mois pour maladie dans l'année ne doit subir aucune réduction de son 13e mois à ce titre. Isolez la clause décisive : « considérées comme temps de travail effectif ». Si le montant de décembre est proratisé pour une absence maladie, la retenue n'a pas de base dans la convention. Demandez le détail du calcul.
Prime d'ancienneté et complément formation : deux lignes à contrôler
La prime d'ancienneté démarre à 3 % entre 3 et moins de 6 ans de présence dans le cabinet, puis gagne un point par année jusqu'à 15 % au-delà de 15 ans. L'article 60 l'applique à la rémunération brute, hors prime d'ancienneté et prime exceptionnelle, dans la limite de 1,5 fois le minimum mensuel de votre classification.
Le plafond mérite un calcul. Prenons le coefficient 265, dont le minimum est de 2 130 € : la base de la prime ne peut pas dépasser 3 195 €. Un salarié payé 3 500 € à ce coefficient touche donc sa prime sur 3 195 € seulement. Le texte exige aussi une mention distincte de la prime sur le bulletin. Si elle est fondue dans le salaire de base, vous ne pouvez rien vérifier. L'ancienneté se décompte selon l'article 18, qui intègre les CDD enchaînés sans interruption avant le CDI.
Deuxième ligne, plus rare : le complément de salaire formation.
Toutefois, ce complément, hérité de l'ancien point ENADEP, n'est dû qu'après validation d'un cycle de formation juridico-administrative conforme aux décisions de la commission paritaire de branche (CPNEFP), et une promotion peut l'absorber.
Concrètement, l'article 57 prévoit 6 fois la valeur du point conventionnel pour le 1er cycle, 10 fois pour le 2e et 14 fois pour le 3e. Soit 30 points au total. Il s'ajoute au salaire de base, sur une ligne « complément formation » du bulletin. L'article 58 permet de ne pas le verser lors d'une embauche ou d'une promotion, à condition que la hausse du salaire de base soit au moins équivalente. Gardez vos justificatifs de réussite.
Essai, préavis, licenciement : ce que la convention ajoute au Code du travail
Pour le personnel non avocat, la convention raccourcit la période d'essai, allonge le préavis des cadres et relève l'indemnité de licenciement dans les premières années. Elle ajoute un mois d'indemnité à partir de 51 ans. Ces règles figurent aux articles 20 et 26 du texte du 21 juin 2024 et valent pour tous les contrats en cours.
| Règle | Code du travail | Convention (personnel non avocat) |
|---|---|---|
| Période d'essai | 2 mois employés, 3 mois agents de maîtrise, 4 mois cadres (art. L. 1221-19) | 1 mois sous le coefficient 300, 2 mois de 300 à 384, 3 mois à partir de 385 (art. 20.1) |
| Préavis | 1 mois de 6 mois à 2 ans, 2 mois au-delà (art. L. 1234-1) | Sous 385 : 1 mois puis 2 mois après 2 ans. À partir de 385 : 2 mois puis 3 mois (art. 26.3.3) |
| Indemnité de licenciement | 1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans (art. R. 1234-2) | 1/2 mois de 8 mois à 2 ans, 1 mois de 2 à 4 ans, 2 mois de 5 à 8 ans, 3 mois de 10 à 11,5 ans (art. 26.4.2) |
| Majoration liée à l'âge | Aucune | 1 mois de salaire en plus à partir de 51 ans révolus |
Source : Code du travail (articles cités), convention collective nationale des salariés des cabinets d'avocats du 21 juin 2024, articles 20 et 26.
La table conventionnelle pèse surtout entre 8 mois et 8 ans d'ancienneté. Au-delà de 11,5 ans, la convention renvoie au barème légal. Toutefois, le préavis court joue dans les deux sens : un employé sous le coefficient 385 qui démissionne avant 2 ans doit un mois, pas davantage.
🧾 Cas chiffré (hypothèse)
Prenons une secrétaire juridique licenciée après 3 ans d'ancienneté, avec un salaire de référence de 2 300 € brut par mois. Barème légal : 3 × 1/4 × 2 300 = 1 725 €. Convention : 1 mois de salaire pour une ancienneté de 2 à 4 ans, soit 2 300 €, donc 575 € de plus. Si elle a 51 ans révolus à la notification, l'article 26.4.2 ajoute un mois : 4 600 € au total.
Concrètement, vérifiez le salaire de référence. L'article 26.4.1 retient la formule la plus avantageuse entre la moyenne des 12 derniers mois et le tiers des 3 derniers, avec une prime annuelle comptée au prorata. Un 13e mois versé en décembre pèse donc dans le calcul. En cas d'arrêt de travail, le salaire de référence est celui qui précède l'arrêt. Réclamez le détail.
Un calcul sans détail ne vaut rien.
Arrêt maladie : le maintien de salaire selon l'ancienneté
L'article 49 organise trois paliers. De 1 à moins de 3 ans d'ancienneté, 90 % du brut pendant 30 jours. Après 3 ans, 100 % du net pendant 2 mois, dès le premier jour. À partir de 5 ans, 100 % du net pendant 4 mois, toujours dès le premier jour d'absence.
Le premier palier suit presque la loi, avec le même point de départ au 8e jour pour une maladie ordinaire. Les deux suivants s'en écartent nettement. Le Code du travail prévoit 90 % de la rémunération brute pendant 30 jours puis deux tiers pendant 30 jours (article D. 1226-1), après sept jours de carence (article D. 1226-3). Avec 4 ans de présence, la convention vous garantit donc votre net dès le premier jour et pendant deux mois. Les périodes de 2 et 4 mois s'apprécient sur 12 mois glissants.
Toutefois, l'arrêté d'extension du 18 septembre 2025 a exclu la déduction des indemnités de prévoyance prévue au dernier alinéa de l'article 49.4, jugée contraire aux règles légales du maintien de salaire.
Concrètement, sur le bulletin, cherchez la ligne d'absence, la ligne d'indemnités journalières et la ligne de complément employeur. Le net du mois doit rester égal au net habituel pendant la période garantie. Écart ? Écrivez au cabinet.
✅ Points forts
- 13e mois pour tout le personnel non avocat, absences maladie comprises (art. 59)
- Maintien du net dès le premier jour après 3 ans d'ancienneté (art. 49.2)
- Indemnité de licenciement au-dessus du barème légal jusqu'à 11,5 ans, plus un mois à 51 ans
⚠️ Limites
- Coefficient 207 sous le Smic depuis le 1er juin 2026
- Pas de hausse chiffrée à partir du coefficient 350 dans l'avenant n° 136
- Prime d'ancienneté plafonnée à 1,5 fois le minimum de la classification
Secrétaire, juriste, assistant : comment situer votre coefficient ?
Votre coefficient figure sur votre bulletin et dans votre contrat. La classification du personnel non avocat compte quatre niveaux, définis par des critères de complexité croissante (article 61). C'est ce coefficient qui détermine votre minimum, votre période d'essai et votre préavis. Une erreur de classement se répercute donc partout.
Le juriste, lui, attend. Selon FO Services, l'accord du 26 juin 2026 acte l'ouverture d'une négociation à venir sur la classification, en visant l'emploi de juriste, ce qui laisse pour l'instant les juristes sur la grille actuelle. Aucune nouvelle grille n'est publiée à ce jour. Méfiez-vous des sites qui annoncent déjà une reclassification. Signé, étendu, daté : sinon rien.
Pour comparer avec vos collègues avocats, lisez l'article consacré aux droits de l'avocat salarié, qui relève du même texte avec d'autres minima. La couverture santé et prévoyance du personnel est traitée dans notre page sur la prévoyance conventionnelle. Et pour lire vous-même l'avenant salaires, suivez la méthode pour consulter une convention sur Légifrance.
Toutefois, votre contrat peut prévoir mieux que la branche, jamais moins sur les salaires minima.
Concrètement, rapprochez trois chiffres : votre coefficient, le minimum de ce coefficient dans l'avenant n° 136 et le Smic du mois. Le salaire de base doit atteindre le plus élevé des deux montants.
📍 Où trouver votre IDCC
L'article R. 3243-1 du Code du travail impose la mention de la convention collective applicable sur le bulletin de paie. Depuis le 1er octobre 2025, un cabinet d'avocats doit indiquer l'IDCC 3253. Si votre bulletin affiche encore l'IDCC 1000, la mention n'a pas été mise à jour.
Où l'accord se traduit-il ? Sur trois lignes de votre bulletin : salaire de base, 13e mois et prime d'ancienneté. Vérifiez l’accord applicable avant de trancher.
Questions fréquentes
Quel est le salaire minimum d'une secrétaire de cabinet d'avocats en 2026 ?
L'avenant n° 136 du 24 janvier 2025 fixe 1 851,23 € brut mensuel au coefficient 207 et 1 875 € au coefficient 215. Depuis le 1er juin 2026, le Smic mensuel à 35 heures est de 1 867,02 €, qui s'applique au coefficient 207. Un accord de revalorisation du 26 juin 2026 est annoncé, sans texte publié sur Légifrance au 30 septembre 2026.
Le 13e mois est-il obligatoire dans les cabinets d'avocats ?
Oui pour le personnel non avocat. L'article 59 de la convention du 21 juin 2024 l'alloue à tout ce personnel, sans exception, avec le salaire de décembre. Il est au moins égal au salaire mensuel le plus favorable de l'année et les absences pour maladie, accident du travail ou maternité ne le réduisent pas.
Comment se calcule la prime d'ancienneté ?
L'article 60 prévoit 3 % entre 3 et moins de 6 ans, puis un point de plus par année, jusqu'à 15 % au-delà de 15 ans. Le taux s'applique à la rémunération brute hors prime d'ancienneté et prime exceptionnelle, dans la limite de 1,5 fois le minimum de la classification. La prime doit apparaître sur une ligne distincte du bulletin.
Quelle est la convention collective des cabinets d'avocats depuis 2025 ?
C'est la convention collective nationale des salariés des cabinets d'avocats du 21 juin 2024, IDCC 3253. Étendue par arrêté du 18 septembre 2025, elle s'applique depuis le 1er octobre 2025 et remplace l'IDCC 1000 (personnel) et l'IDCC 1850 (avocats salariés).



