Le coût se voit-il sur votre bulletin ? Dans un centre d’appels externalisé, une société d’accueil ou un cabinet de recouvrement, la question se pose surtout au bas de la grille. Là, le Smic a rattrapé plusieurs coefficients de branche, et la convention n’a d’effet réel qu’au-dessus.
Le texte visé est la convention collective nationale du personnel des prestataires de services dans le domaine du secteur tertiaire du 13 août 1999, IDCC 2098, étendue par arrêté du 23 février 2000. Son dernier accord salaires publié sur Légifrance date du 8 avril 2025. Je le prends ligne par ligne, avec les clauses qui changent vraiment une paie : essai, préavis, indemnité de licenciement et maintien de salaire en cas de maladie.
📌 Ce qu’il faut retenir : depuis le 1er novembre 2025, l’accord du 8 avril 2025 fixe le coefficient 120 à 1 806,22 € brut par mois, soit 11,91 € de l’heure. Depuis le 1er juin 2026, le Smic horaire est de 12,31 € : les coefficients 120 à 170 sont sous le Smic. L’indemnité conventionnelle de licenciement est inférieure à l’indemnité légale, qui s’applique donc à sa place.
Qui relève de la convention des prestataires de services du tertiaire ?
L’IDCC 2098 couvre des entreprises dont l’activité principale est un service rendu à d’autres entreprises : téléservices et centres d’appels externalisés, télésecrétariat, centres d’affaires et domiciliation, recouvrement de créances, renseignement commercial, traduction, palais des congrès, accueil événementiel et animation commerciale. L’activité principale de l’employeur décide.
L’article 1er de la convention décrit les téléservices comme les travaux de secrétariat, de réception ou d’émission d’appels réalisés pour le compte de clients. Un avenant du 20 juin 2002 vise les salariés des centres d’appels non intégrés, c’est-à-dire les prestataires qui travaillent pour d’autres. Un avenant du 4 février 2003 leur donne des grilles de classification propres. Le champ a été élargi plusieurs fois, jusqu’à l’avenant du 16 décembre 2009.
Le cas frontalier est connu.
Toutefois, un centre d’appels interne à une banque, à un opérateur ou à un assureur relève de la convention de son entreprise, pas de l’IDCC 2098, puisque c’est l’activité principale de l’employeur qui fixe la convention applicable.
Concrètement, regardez la raison sociale de votre employeur. Il vend du service client, de l’accueil ou du recouvrement à d’autres sociétés ? L’IDCC 2098 est probable. Il traite ses propres clients ? Cherchez une autre convention, et vérifiez la mention portée sur votre bulletin.
Quels salaires minima s’appliquent en 2026 ?
Les minima viennent de l’accord du 8 avril 2025, étendu par arrêté du 17 juin 2025 publié le 21 juin 2025. Il joue en deux temps. Première grille au 1er juillet 2025, seconde au 1er novembre 2025. Depuis novembre, le coefficient 120 vaut 1 806,22 € brut mensuel et le coefficient 200 vaut 1 934,18 €.
| Statut | Coefficient | Grille n° 1 (1er juillet 2025) | Grille n° 2 (1er novembre 2025) | Écart avec le Smic du 1er juin 2026 (1 867,02 €) |
|---|---|---|---|---|
| Employés | 120 | 1 802,10 € | 1 806,22 € | −60,80 € |
| Employés | 150 | 1 826,73 € | 1 829,47 € | −37,55 € |
| Employés | 170 | 1 843,15 € | 1 844,98 € | −22,04 € |
| Employés | 190 | 1 851,36 € | 1 868,23 € | +1,21 € |
| Techniciens, agents de maîtrise | 200 | 1 930,42 € | 1 934,18 € | +67,16 € |
| Techniciens, agents de maîtrise | 260 | 2 223,93 € | 2 223,93 € | +356,91 € |
| Cadres | 280 | 2 503,47 € | 2 503,47 € | +636,45 € |
Source : accord du 8 avril 2025 relatif aux salaires et à la valeur du point, IDCC 2098, articles 2 et 6.1 et annexes I et III, étendu par arrêté du 17 juin 2025 (JORF du 21 juin 2025). Smic : 1 867,02 € brut mensuel au 1er juin 2026.
Ramenez l’annonce au bulletin. L’accord a fixé le taux horaire du coefficient 120 à 11,91 € dans la seconde grille, quand le Smic horaire atteint 12,31 € depuis le 1er juin 2026. L’écart est de 0,40 € par heure, et de 60,80 € sur le mois à temps complet, au détriment de la grille. Six coefficients employés sur sept restent donc sans effet propre, du 120 au 170. Le 190 dépasse le Smic de 1,21 €.
Toutefois, le préambule de l’accord explique lui-même le problème : la grille de décembre 2022 avait été rattrapée par sept hausses du Smic depuis janvier 2021, et près de deux ans de négociations se sont soldés par un échec en juin 2024.
Concrètement, un salarié classé 120 à 170 doit être payé au Smic, pas au montant de la grille. La valeur du point diffère selon le statut : 3,876 € pour les employés, 3,763 € pour les techniciens et agents de maîtrise, 3,687 € pour les cadres, dans la grille de novembre. Pour les commerciaux cadres à rémunération variable, une grille annuelle s’ajoute, à partir de 33 045,84 € au coefficient 280. Je n’ai trouvé aucun accord salaires plus récent sur Légifrance. Isolez votre coefficient avant tout.
Coefficients transitoires : combien de temps au bas de la grille ?
Certains coefficients ne peuvent pas être tenus indéfiniment. L'article 3 de l'accord du 8 avril 2025 limite le coefficient 120 à 6 mois, les coefficients 280 et 290 à 12 mois, et le coefficient 200 à 24 mois, sauf dispositions contraires négociées. Au-delà, le salarié doit passer au coefficient supérieur.
La règle vise toutes les entreprises de la branche, quelle que soit l'organisation patronale dont elles relèvent. Pour le coefficient 200, le caractère transitoire remonte à l'accord du 16 mars 2020, entré en vigueur le 1er septembre 2020. D'autres durées transitoires restent inchangées. Elles concernent les coefficients 120, 130 et 140 pour les hôtes d'accueil, l'accueil événementiel, l'animation commerciale et l'optimisation de linéaires, ou 120 et 140 pour les téléopérateurs. Leur durée figure dans les accords de classification antérieurs.
Sur le papier, c'est un droit au reclassement.
Toutefois, tant que les coefficients 120 à 170 restent sous le Smic, passer du 120 au 130 ne change rien au bulletin, et le gain réel n'apparaît qu'au coefficient 190.
Concrètement, notez votre date d'entrée et votre coefficient d'embauche. Après 6 mois au 120 ou 24 mois au 200, sans accord d'entreprise contraire, demandez votre reclassement par écrit. Le coefficient supérieur compte pour la suite : prime, préavis, promotion.
⚠️ Piège classique
Idée reçue : « le coefficient 120 est le salaire d'embauche normal, on peut y rester ». Faux. L'article 3 de l'accord du 8 avril 2025 limite sa durée à 6 mois, sauf dispositions contraires négociées. La bonne approche : comparez votre ancienneté à la durée maximale de votre coefficient, puis vérifiez que le nouveau coefficient dépasse bien le Smic.
Indemnité de licenciement : quand la convention promet moins que la loi
L'article 19.2 de la convention prévoit, à partir de 2 ans d'ancienneté, 1/10 de mois de salaire par année jusqu'à 5 ans, puis 1/7, 1/5, 1/4 et 1/3 selon les tranches. Le Code du travail accorde 1/4 de mois par année dès 8 mois d'ancienneté. Dans presque tous les cas, c'est donc l'indemnité légale, plus élevée, qui s'applique à la place du barème de branche.
| Règle | Code du travail | Convention IDCC 2098 |
|---|---|---|
| Période d'essai | 2 mois employés, 3 mois techniciens et agents de maîtrise, 4 mois cadres (art. L. 1221-19) | 1 mois employés, 2 mois techniciens et agents de maîtrise, 3 mois cadres (art. 13.2) |
| Préavis de licenciement | 1 mois de 6 mois à 2 ans, 2 mois au-delà (art. L. 1234-1) | Employés : 1 mois, 2 mois après 2 ans. Techniciens et agents de maîtrise : 2 mois. Cadres : 3 mois (art. 19.1) |
| Indemnité de licenciement | 1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà (art. R. 1234-2) | 1/10 de mois par année jusqu'à 5 ans, puis 1/7, 1/5, 1/4 et 1/3, plafond d'un an de salaire (art. 19.2) |
| Maintien de salaire maladie | 90 % pendant 30 jours puis 2/3 pendant 30 jours, après 1 an (art. D. 1226-1) | 90 % puis 75 %, ou 100 % puis 80 % après 3 ans, après 1 an (art. 18.1) |
Source : Code du travail (articles cités), convention collective nationale du personnel des prestataires de services dans le domaine du secteur tertiaire du 13 août 1999.
Le texte a été écrit en 1999, quand l'indemnité légale était plus basse. Il prévoit lui-même que le plafond d'un an joue « sous réserve du respect des règles relatives à l'indemnité légale ». La loi a depuis dépassé la convention sur ce point. Le calcul conventionnel reste utile pour une seule chose : vérifier qu'un employeur n'applique pas le mauvais barème. Même logique pour le départ à la retraite. L'article 19.3 applique le barème de licenciement avec un abattement de 50 %, sans descendre sous le barème légal.
🧾 Cas chiffré (hypothèse)
Prenons un téléconseiller licencié après 5 ans d'ancienneté, avec un salaire de référence de 2 000 € brut par mois. Convention : 5 × 1/10 × 2 000 = 1 000 €. Code du travail : 5 × 1/4 × 2 000 = 2 500 €. C'est l'indemnité légale de 2 500 € qui est due, soit 1 500 € de plus que la clause de branche.
La convention garde un vrai avantage à l'embauche.
Toutefois, la période d'essai plus courte que la loi peut être prolongée une fois, de 2 semaines pour un employé qualifié (coefficient 170 au moins), d'un mois pour un technicien ou agent de maîtrise et de 2 mois pour un cadre.
Concrètement, lisez votre solde de tout compte ligne par ligne. Si l'indemnité versée correspond au barème de 1/10, elle est inférieure au minimum légal. Réclamez la différence par écrit.
Arrêt maladie : la clause qui paie davantage que le Code du travail
Ici, la convention fait mieux que la loi. Après un an d'ancienneté, l'article 18.1 garantit 90 % du brut pendant 30 jours puis 75 % pendant 30 jours. Après 3 ans, le salarié perçoit 100 % pendant 30 jours puis 80 % pendant 30 jours. La loi s'arrête à deux tiers pour la seconde période.
Deux autres écarts comptent. En cas d'hospitalisation, réelle ou à domicile, l'indemnisation démarre dès le premier jour, sans carence. Les durées augmentent de 10 jours par tranche entière de 5 ans d'ancienneté au-delà de 3 ans, dans la limite de 90 jours chacune. Les indemnités déjà perçues sur les 12 mois précédents viennent en déduction de ces durées. Pour une maladie ordinaire, le point de départ reste le 8e jour, comme dans la loi.
Toutefois, le complément se calcule déduction faite des indemnités de la Sécurité sociale et de la prévoyance, et le salarié ne peut jamais toucher un net supérieur à celui qu'il aurait perçu en travaillant.
Concrètement, un salarié de 4 ans d'ancienneté arrêté 45 jours doit voir 100 % de sa rémunération brute garantie sur les 30 premiers jours indemnisés, puis 80 % ensuite. Où l'accord se traduit-il ? Dans la ligne de complément employeur.
✅ Points forts
- Maintien de salaire à 75 % ou 80 % sur la seconde période, contre deux tiers dans la loi
- Indemnisation dès le premier jour en cas d'hospitalisation
- Période d'essai plus courte que le maximum légal pour chaque catégorie
⚠️ Limites
- Coefficients 120 à 170 sous le Smic depuis le 1er juin 2026
- Indemnité conventionnelle de licenciement inférieure à l'indemnité légale
- Dernier accord salaires publié daté du 8 avril 2025
Où vérifier votre coefficient et le bon texte ?
Commencez par le bulletin : il doit mentionner la convention applicable, ici l'IDCC 2098, et votre coefficient. Ouvrez ensuite l'accord du 8 avril 2025 sur Légifrance et repérez la grille n° 2, applicable depuis le 1er novembre 2025. Comparez enfin avec le Smic du mois.
Méfiez-vous des fiches en ligne qui affichent encore la valeur du point de 2016, à 3,380 €, et un coefficient 120 à 9,67 € de l'heure. Ces montants datent d'un accord du 19 avril 2016. Ils n'ont plus aucun effet. Une grille recopiée sans date ne vous apprend rien sur votre salaire actuel, et elle peut même vous faire accepter un montant illégal parce qu'il paraît conforme à la branche. Datez chaque chiffre.
Pour replacer la branche dans l'ensemble, lisez notre article sur ce que la convention ajoute au Code du travail. Pour comprendre pourquoi l'indemnité légale l'emporte ici, voyez notre page sur la hiérarchie des normes. Et pour retrouver seul le dernier accord, suivez la méthode pour lire une convention sur Légifrance.
Toutefois, un accord d'entreprise ne peut pas descendre sous la grille.
Concrètement, gardez trois chiffres sous la main : votre coefficient, son minimum dans la grille n° 2 et le Smic mensuel de 1 867,02 €. Le plus élevé des deux montants est votre plancher.
📍 Où trouver votre IDCC
L'article R. 3243-1 du Code du travail impose la mention de la convention collective applicable sur le bulletin de paie. Pour les prestataires de services du secteur tertiaire, cherchez l'IDCC 2098, parfois accompagné du numéro de brochure 3301.
Où l'accord se traduit-il pour vous ? Dans le salaire de base comparé au Smic, dans la ligne de complément maladie et dans le solde de tout compte. Vérifiez l’accord applicable avant de trancher.
Questions fréquentes
Quel est le salaire minimum de la convention des prestataires de services en 2026 ?
Depuis le 1er novembre 2025, l'accord du 8 avril 2025 fixe le coefficient 120 à 1 806,22 € brut mensuel, soit 11,91 € de l'heure. Le Smic étant de 1 867,02 € depuis le 1er juin 2026, les coefficients 120 à 170 sont payés au Smic. Le coefficient 190 (1 868,23 €) est le premier à dépasser le Smic.
Les centres d'appels relèvent-ils de l'IDCC 2098 ?
Oui pour les centres d'appels externalisés, qui traitent des appels pour le compte de clients : l'avenant du 20 juin 2002 vise les centres d'appels non intégrés. Un centre d'appels interne à une entreprise relève de la convention de cette entreprise. C'est l'activité principale de l'employeur qui décide.
Quelle indemnité de licenciement dans la convention des prestataires de services ?
L'article 19.2 prévoit 1/10 de mois par année jusqu'à 5 ans, puis des fractions croissantes, à partir de 2 ans d'ancienneté. Ce barème est inférieur à l'indemnité légale de 1/4 de mois par année, due dès 8 mois d'ancienneté. L'employeur doit verser le montant le plus favorable, en pratique l'indemnité légale.
Quelle est la période d'essai dans l'IDCC 2098 ?
L'article 13.2 fixe 1 mois pour les employés, 2 mois pour les techniciens et agents de maîtrise et 3 mois pour les cadres. Une prolongation unique est possible par avenant : 2 semaines pour les employés qualifiés, 1 mois pour les techniciens et agents de maîtrise, 2 mois pour les cadres.



