Le coût se voit-il sur votre bulletin ? Dans un cabinet d’expertise comptable, la convention du 9 décembre 1974 (IDCC 787) répond avec une formule précise : deux valeurs de point, un coefficient, une prime d’ancienneté qui suit le point de base.
Les listes d’« avantages » qui circulent citent encore les valeurs de 2015. Cet article repart de l’accord salarial en vigueur, de la grille de classification, de la durée du travail et du régime de prévoyance. Où l’accord se traduit-il ? Sur votre fiche de paie, ou nulle part.
📌 Ce qu’il faut retenir : l’accord n° 48 du 5 décembre 2025, étendu par arrêté du 5 février 2026 (JO du 10 février), fixe depuis le 1er mars 2026 la valeur de base à 131,54 € et la valeur hiérarchique à 79,85 €, soit 2,9 % de plus qu’en 2024. Le minimum annuel du coefficient 170 atteint 22 051,66 €, encore 352,58 € sous le Smic annuel. La prime d’ancienneté, versée dès trois ans, grimpe avec le point de base.
Quelle convention couvre les cabinets comptables ?
Les salariés des cabinets relèvent de la convention collective nationale des cabinets d’experts-comptables et de commissaires aux comptes du 9 décembre 1974, IDCC 787. Étendue par arrêté du 30 mai 1975, elle s’impose à tout cabinet du champ, adhérent ou non à l’IFEC ou à ECF, quel que soit l’effectif.
Deux annexes séparent les publics. L’annexe A classe les collaborateurs, de l’employé à la direction. L’annexe B vise les membres de l’Ordre et de la Compagnie, rémunérés sur un indice distinct. Pour eux, l’accord n° 48 fixe à 47 801 € bruts la rémunération annuelle minimale de l’indice 40. Contre 46 454 € avant.
Isolez la clause décisive.
Toutefois, la grille de l’annexe A date de l’avenant du 1er juillet 2016, étendu par arrêté du 4 mai 2017, et les partenaires sociaux indiquent dans l’accord n° 48 qu’ils poursuivent l’examen de ce texte sans calendrier publié. Concrètement, douze coefficients structurent la grille, de 170 à 600. Le niveau 5, celui de l’exécution, va du coefficient 170 au coefficient 200 et regroupe les employés, du débutant sans qualification à l’employé principal. Le niveau 4 couvre les assistants, de 220 à 280. Le statut cadre commence au coefficient 330, attribué selon la fonction exercée et non selon le salaire. Les diplômes n’y figurent qu’à titre indicatif, l’expérience pouvant s’y substituer.
Accord n° 48 : les minima conventionnels depuis mars 2026
Le minimum annuel se calcule ainsi : les 164 premiers points du coefficient sont payés à la valeur de base, le reste à la valeur hiérarchique. L’accord n° 48 du 5 décembre 2025 porte ces valeurs à 131,54 € et 79,85 € bruts. Effet au 1er mars 2026.
Comparez avant et après. L’accord n° 47 du 5 octobre 2023 avait fixé 127,83 € et 77,60 € au 1er janvier 2024. La hausse atteint donc 2,9 % sur les deux valeurs. Pour un coefficient 220, le minimum annuel passe de 25 309,72 € à 26 044,16 €. Cela fait 734,44 € par an, environ 61 € bruts par mois. Aucun accord n’a été conclu pour 2025.
Toutefois, la hausse de 2,9 % arrive après vingt-six mois sans revalorisation de la grille, pendant lesquels le Smic a continué d’avancer, et elle ne rattrape pas le premier coefficient.
Concrètement, la convention prévoit en principe des hausses au 1er avril et au 1er octobre (article 5.1.1.3). Le texte de 2025 a pris effet en mars, et celui de 2023 en janvier. La date annoncée compte peu. Seule la parution de l’arrêté d’extension déclenche la hausse sur le bulletin. Ramenez l’annonce au bulletin.
Coefficient 170 sous le Smic : l’écart que la grille masque
Avec un Smic à 1 867,02 € bruts mensuels depuis le 1er juin 2026, soit 22 404,24 € sur douze mois, le coefficient 170 reste sous le minimum légal malgré l’accord n° 48. Son minimum annuel de 22 051,66 € laisse un écart de 352,58 €. L’article 5.1.1.1 le dit lui-même : la grille ne peut conduire à une rémunération inférieure au Smic.
| Coefficient | Minimum annuel au 1er janvier 2024 | Minimum annuel au 1er mars 2026 | Écart mensuel avec le Smic |
|---|---|---|---|
| 170 (exécution) | 21 429,72 € | 22 051,66 € | −29,38 € |
| 175 (employé) | 21 817,72 € | 22 450,91 € | +3,89 € |
| 180 (employé confirmé) | 22 205,72 € | 22 850,16 € | +37,16 € |
| 220 (assistant) | 25 309,72 € | 26 044,16 € | +303,33 € |
| 280 (assistant principal) | 29 965,72 € | 30 835,16 € | +702,58 € |
| 330 (cadre) | 33 845,72 € | 34 827,66 € | +1 035,28 € |
| 500 | 47 037,72 € | 48 402,16 € | +2 166,49 € |
Source : accords n° 47 du 5 octobre 2023 et n° 48 du 5 décembre 2025 (Légifrance, IDCC 787), formule de l’article 5.1.1.1. Montants bruts calculés pour 35 heures, hors prime d’ancienneté. Smic mensuel au 1er juin 2026 : 1 867,02 €.
Le constat ne date pas de 2026. Au 1er janvier 2025, le Smic annuel valait déjà 21 621,60 €, au-dessus des 21 429,72 € du coefficient 170. Le coefficient 175 ne dépasse aujourd’hui le Smic que de 3,89 € par mois. Deux coefficients sur douze ne protègent donc presque plus rien, puisque le Smic les rattrape ou les dépasse à quelques euros près. L’employé confirmé gagne 37,16 € de marge.
Toutefois, la comparaison conventionnelle se fait sur l’année, pour douze mois de travail congés payés compris, alors que le Smic se contrôle chaque mois.
Concrètement, le coefficient 170 impose le Smic, soit 1 867,02 € bruts. Méfiez-vous des bulletins qui affichent le minimum conventionnel mensualisé, soit 1 837,64 €, comme salaire de base.
Prime d’ancienneté : la ligne qui suit le point de base
L’article 5.1.2 accorde une prime annuelle d’ancienneté égale à trois fois la valeur du point de base après trois ans, puis six, neuf, douze et quinze fois après six, neuf, douze et quinze ans. Elle est payée chaque mois, sur une ligne distincte du bulletin, et s’ajoute au minimum annuel du coefficient.
Chaque accord salarial la relève donc automatiquement. Après trois ans, elle passe de 383,49 € à 394,62 € par an avec l’accord n° 48. Après quinze ans, elle atteint 1 973,10 € contre 1 917,45 € auparavant. Pour un temps plein, c’est un forfait indépendant du nombre d’heures, alors que le temps partiel la reçoit au prorata de sa durée contractuelle. Le calcul est mécanique.
🔢 Cas chiffré (hypothèse)
Prenons un assistant au coefficient 220, à temps plein, avec dix ans d’ancienneté. Son minimum annuel vaut 26 044,16 € depuis le 1er mars 2026. Il faut y ajouter la prime d’ancienneté de neuf fois 131,54 €, soit 1 183,86 € par an. Son salaire annuel ne peut donc pas descendre sous 27 228,02 € bruts, environ 2 269 € par mois. Payé 27 000 € tout compris, il serait sous le plancher conventionnel.
Toutefois, la prime n’est pas versée pendant un arrêt maladie indemnisé par la prévoyance, parce qu’elle est déjà incluse dans le salaire servant de base aux indemnités journalières.
Concrètement, une absence non payée de six jours ouvrables au plus dans le mois ne la réduit pas.
Durée du travail : 35 heures et majoration de 10 %
La durée conventionnelle est de 35 heures, et les minima annuels sont calculés sur cette base. Un cabinet qui maintient un horaire collectif supérieur doit majorer le salaire contractuel de 10 % pour les heures comprises entre la 36e et la 39e, selon l’article 8.2.3.2 rappelé à l’article 5.2.1.
La règle vise surtout les cabinets restés à 39 heures. Un salaire forfaitaire peut couvrir un horaire plus long, à condition de figurer dans le contrat écrit ou un avenant, avec la durée correspondante. Surtout, ce forfait ne peut pas descendre sous le minimum de la qualification augmenté de toutes les heures majorées que le contrat autorise. Un forfait mal calibré se repère donc au premier calcul. Faites-le.
⚠️ Piège classique
Croire qu’un salaire supérieur au minimum du coefficient suffit, même avec 39 heures par semaine. L’article 5.2.1 impose de comparer le forfait au minimum majoré des heures effectuées au-delà de 35 heures. La bonne approche : prenez le minimum annuel de votre coefficient, ajoutez la prime d’ancienneté, puis la valeur des quatre heures hebdomadaires majorées, et comparez au brut réellement versé.
Toutefois, la convention encadre aussi la modulation annuelle au titre VIII, et les salaires sont alors lissés sur l’horaire moyen de l’année, ce qui rend la vérification mois par mois moins parlante.
Concrètement, lisez l’horaire contractuel avant le salaire.
Prévoyance : ce que le cabinet doit financer
L’article 7.4 oblige chaque cabinet à souscrire un contrat décès, incapacité et invalidité pour tous les salariés ayant au moins un an d’ancienneté. Le capital décès vaut six mois de salaire, plus un mois par enfant à charge. En arrêt de plus d’un mois, le régime verse 80 % du salaire brut, sous déduction des indemnités de la Sécurité sociale.
Elle démarre au 31e jour d’arrêt. Elle dure tant que la Sécurité sociale verse ses prestations, même après une rupture du contrat. En invalidité de 2e ou 3e catégorie, une rente complète la pension jusqu’à 80 % du salaire brut, au plus tard jusqu’à 60 ans. La cotisation se partage par moitié entre cabinet et salarié. Un accord de cabinet peut réduire la part salariale. Pour les cadres, le cabinet verse en plus 1,50 % du plafond de la Sécurité sociale, entièrement à sa charge.
💡 Le saviez-vous ?
La convention des cabinets comptables fixe elle-même le calendrier de ses négociations salariales : une réunion avant la fin de chaque année civile pour l’année suivante (article 5.1.1.3). Aucun accord n’a pourtant été signé entre le 5 octobre 2023 et le 5 décembre 2025, et la grille est restée figée du 1er janvier 2024 au 28 février 2026.
Toutefois, un salarié embauché depuis moins d’un an n’entre pas dans ce régime conventionnel, sauf contrat de cabinet plus favorable, et il ne dispose alors que des garanties légales.
✅ Points forts
- Minima étendus, dus dans tous les cabinets quel que soit l’effectif.
- Prime d’ancienneté indexée sur le point de base, dès trois ans.
- Indemnités de prévoyance à 80 % du brut dès le 31e jour d’arrêt.
⚠️ Limites
- Coefficient 170 sous le Smic, coefficient 175 à 3,89 € au-dessus.
- Aucune revalorisation de la grille en 2025.
- Prévoyance conventionnelle réservée aux salariés ayant un an d’ancienneté.
Concrètement, repérez la ligne prévoyance et son taux salarial sur votre bulletin. Pour une vue d’ensemble du texte, voyez les points de la convention des experts-comptables déjà traités sur le site. Pour une seconde lecture du texte, sous l’angle des cabinets eux-mêmes, consultez notre article sur les spécificités des cabinets comptables. Enfin, voyez où lire le code IDCC.
Où l’accord se traduit-il chez vous ? Sur le salaire de base comparé au minimum de votre coefficient et au Smic, sur la ligne d’ancienneté et sur la cotisation prévoyance. Vérifiez l’accord applicable avant de trancher.
Questions fréquentes
Quelle est la valeur du point des cabinets d’experts-comptables en 2026 ?
Depuis le 1er mars 2026, l’accord n° 48 du 5 décembre 2025 fixe la valeur de base à 131,54 € et la valeur hiérarchique à 79,85 € bruts. La première s’applique aux 164 premiers points du coefficient, la seconde au-delà. Les valeurs précédentes, 127,83 € et 77,60 €, dataient du 1er janvier 2024.
Quel est le salaire minimum d’un collaborateur au coefficient 170 ?
La formule conventionnelle donne 22 051,66 € bruts par an depuis le 1er mars 2026, soit 1 837,64 € par mois. Ce montant est inférieur au Smic de 1 867,02 € bruts mensuels en vigueur depuis le 1er juin 2026. L’employeur doit donc verser au moins le Smic.
Comment se calcule la prime d’ancienneté IDCC 787 ?
L’article 5.1.2 prévoit une prime annuelle égale à 3, 6, 9, 12 ou 15 fois la valeur du point de base après 3, 6, 9, 12 ou 15 ans d’ancienneté. Avec un point de base à 131,54 €, elle va de 394,62 € à 1 973,10 € par an. Elle est versée chaque mois sur une ligne distincte du bulletin.
Tous les salariés d’un cabinet comptable bénéficient-ils de la prévoyance conventionnelle ?
Non. L’article 7.4 impose le régime décès, incapacité et invalidité aux salariés comptant au moins un an d’ancienneté dans le cabinet. La cotisation est partagée par moitié, et le cabinet verse en plus 1,50 % du plafond de la Sécurité sociale pour les cadres.



